viernes, 4 de mayo de 2012

le marin disparu

Elle habite dans un endroit plein d’histoires dont on parle dans les livres pour enfants. Elle regarde les noms des rues et essaie d’imaginer qui sont ces personnes tellement importantes. Il lui semble que parfois elle n’est pas plus réelle qu’eux. une épidémie de choléra a dévasté la région et plus tard la méningite a frappé a son tour. Elle aurait voulu qu'on se souvienne de la beauté des paysages, mais la désolation la rend mélancolique et lui donne envie de partir..
La forêt est son échappatoire, et là où la vie s’est arrêtée. Il faut marcher pendant une heure pour y arriver, car la ou elle habite tout est granite...Elle aime y aller juste pour ressentir sa peine et retrouver ses souvenirs, toujours à espérer qu’elle trouvera un signe de celui qui lui a échappé, un soir d'été.

Il ya une cabane retirée du sentier et des pierres assemblées autour d’un feu à peine éteint. Les branches des arbres bougent avec le vent. Elle pense aux contes, les fées, les ogres, les enfants qu’on a perdus, elle aimerait que sa vie fasse partie de cet imaginaire, que ce ne soit qu’un rêve. Elle se pincerait et se réveillerait, dans des draps chauds. La première chose qu’elle ferait serait de regarder la photo de celui qu’elle attendrait. Elle regarde le haut des branches et elle imagine des bras entourés de cheveux de feuilles, elle imagine que ces branches se penchent pour lui parler. Un murmure de bruissement de feuilles.

Elle entend au loin les bateaux qui rentrent au port, les marins rentrent d’un autre long voyage, et elle devrait courir elle aussi, comme les autres femmes. Elle y va parfois et reste jusqu’à la nuit tombée à écouter les chants dans les bars, les rires des couples, les bruits des verres qui clinquent. Elle s’assoit parfois derrière les barils de bière…Demain les marins repartiront, encore saouls de la veille. Elle aurait voulu partir loin du port dont on ne parle que pour parler des naufrages.

Ce jour-là c’est à haute voix qu’elle entendit la nouvelle, c’est ce jour-là, que tout son rêve s’effondrera. 5 hommes morts dans une voiture qui aurait dérapé. Tous de la même famille, après une soirée trop arrosée, laissant des orphelins, et leur nom disparaitra. Lui en faisait partie. On parlera quelques temps des marins du Finistere, et les femmes porteront le deuil le temps d’un été. La vie suivra son cours, les papillons estivaux voleront autour des enfants qui joueront dans la rue, et elle ne jouera plus. Le ciel sera plus monotone et il pleuvra sur la mer, dans ses yeux le soir surtout.

Dans la foret, elle cherche des fées qui lui feraient ressentir l’alchimie des moments uniques passés avec lui…Regardant les bouts de ciel, rechercher un nuage de la forme de son visage, s’assoir contre l’arbre ou ils ont gravé leurs initiales, ou il se sont embrassés pour la première fois, ou elle a tremble dans ses bras. Elle retrace le cœur lentement avec le doigt, une larme coule sur sa joue jusqu’à l’embouchure de sa bouche, et elle la ravale comme un baiser salé.

Elle s’assied pour mieux se remémorer, elle se met la main dans les cheveux comme il le faisait lui pour ressentir cette première fois, elle ferme les yeux et s’imagine que ses doigts sont ceux de son amoureux. Elle se rappelle les promesses qu’ils s’étaient faits, un sourire éteint se dessine sur son visage. Il lui avait promis qu’il n’y aurait plus de naufrages. Elle est restée tard et la foret s’assombrit, une brise la refroidit, et elle ressent la solitude plus forte encore. Elle entend son cœur battre comme une horloge dérèglée, elle a perdu le sens du temps, elle cherche un signe de lui dans le frisson des feuilles, mais tout est silencieux à part la brise qui lui souffle de rentrer. Elle sent que tout est immobile et elle se décide à partir. Elle voudrait guérir de cet amour qui a pris fin ici, mais elle espère le revoir dans un monde qui permettra leur union. Le croissant de lune est timide et incertain, dans sa pâleur. Elle reviendra demain quand elle sera plus pleine. Elle rêvera de lui-même dans ses nuits dérivées de sommeil. Le jour les gens la trouve éteinte, elle mange, elle recrache, elle ne se regarde plus dans le miroir de peur d’y voir la femme qu’elle n’est pas, et qui trahirait ses sentiments, qui attirerait le regard des hommes, qui la dégouterait d’elle-même. Ce corps qui menacerait leur amour qu’elle continue de faire vivre avec la force qui lui reste. Elle luttera contre le temps, mais un jour elle a décidé qu’elle n’ira pas plus loin sans lui. Elle voudrait gouter la sève qui coule encore de l’arbre, mais elle ne peut pas lutter contre les réminiscences des printemps, les odeurs printanières qui font remonter les souvenirs, ce mirage de fleurs qui la déboussole, qui la fait gémir et qui la pousse vers le vide.

Elle aurait voulu continuer d’exister mais ce ne serait que pour les autres, elle aurait voulu que ses vertiges ne soient que temporaires et les réveils moins violents dans leur lucidité, elle aurait voulu que cela ne reste qu’une égratignure passagère. Mais l’entaille est trop profonde et est devenu incurable.

Les gens du village pleurèrent sa vie future inexistante, se désolèrent de son sort, et se souviendront de l’amoureuse dont le corps enfermé dans les souvenirs avait arrêté de grandir.

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