domingo, 29 de julio de 2012

Jeux de mains


Les deux filles s'étaient donné rendez-vous dans une brasserie du dix-huitième arrondissement. Elles s'étaient dit qu'elles porteraient une jupe ce jour-là. Elles voulaient s'exhiber l'une à l'autre, mais que les autres ne sachent pas, la liberté de se toucher, sans se voir. Elles avaient choisi cet endroit parce que c'était public, vivant, anonyme. Elles s'étaient assises sur une banquette en cuir rouge bordeaux, retirée dans un coin de la brasserie...Elles étaient assises à coté l'une de l'autre.

Les voix et les bruits des verres qui clinquent faisaient écho et s'entremêlaient, et tout ce brouhaha résonnait dans leurs oreilles. Elles étaient un peu intimidées l'une par l'autre, c'était leur première fois entre elles, entre filles, en public.
Elles commandèrent un café au serveur au tablier blanc, puis se rapprochèrent l'une de l'autre comme pour se rassurer. Elles parlèrent de choses et d’autres, en attendant leur café, faire en sorte que leur jeu soit nourri de normalité. 

A travers la vitre on pouvait voir l’enseigne du métro Abesses et les passants qui souriaient au printemps. Tout en parlant, les yeux des filles scannaient l’intérieur du bistro. Il n’y avait pas beaucoup de monde de leur côté. Deux hommes étaient assis un peu plus loin avec un verre de vin, et une femme seule mangeait une salade. Des peintures représentant Montmartre décoraient les murs et Aristide Bruant de Toulouse Lautrec surveillait les lieux de son œil sévère.

Le serveur arriva avec les deux cafés, les posa sur la table et les deux filles s’interrompirent de parler. Elles se regardèrent en silence et la blonde commença. Elle dirigea sa main sous la table, pour atteindre le dessous de la jupe de son amie.
Elle remonta sa main jusqu'en haut de ses cuisses, ce qui la fit frémir. Son amie resserra sa main sur le rond de serviette posé sur la table et ses mains se firent un peu moites. Elle jeta un coup d’œil à la femme assise deux tables plus loin qui fixait la porte vitrée d’un air absent. Les deux hommes, eux, payèrent et s’en allèrent. 

Elle bougea légèrement ses hanches, releva ses fesses pour les ajuster, car elles collaient un peu au cuir de la banquette, ce qui permit à la blonde de glisser sa main plus aisément.
Les yeux rieurs des deux filles brillaient de malice et d'excitation et elles furent prises d’un léger embarras qui les fit rigoler. Leurs pommettes se teintèrent de rose. La main de l’amie rejoignit à son tour le haut des cuisses de la blonde qui se réajustait elle aussi pour se rapprocher d’elle. Quand elles se sont trouvées toutes les deux, confortables, elles s'adossèrent à la banquette, et se laissèrent aller au plaisir des attouchements, à la sensation chaude et humide qui les prenaient, au bien être sensuel de leur chair, au contact de leurs doigts qui exploraient leurs entrejambes. Elles se sentaient fortes d’avoir osé.

Elles finirent leurs boissons, payèrent et s’en allèrent, main dans la main.

premiere rencontre de Juliette avec son idole


Voyager dans ce bus en accordéon était bien plus romantique que ce métro qui l'amenait de porte en porte. Il fallait ensuite longer ce quai, un peu morbide. Le bus, lui, partait du Louvre.  Ce voyage pour elle, c’était le luxe. Une adolescente qui faisait le trajet, seule, sans but précis, juste pour le voir. Elle avait 16 ans et le trajet ne lui faisait pas peur. Bien qu'elle préfère le bus, elle prenait plus souvent le métro. Elle s'était habituée à changer de ligne, à quitter sa banlieue nord, à traverser tout Paris, pour ensuite se retrouver en banlieue sud, dans SON quartier.

Elle ne comprenait toujours pas pourquoi il avait choisi cet endroit pour vivre. C'était aussi gris d'apparence que son quartier à elle. Elle en avait déduit que toutes les portes de Paris devaient se ressembler. Mais cette longue route, la sortie du métro jusqu'à sa rue, lui fichait drôlement le bourdon. Toujours vide, toujours gris. Parfois sa voiture était garée dans la rue du quai. Elle faisait l'effet d'une fleur au  milieu d'un terrain vague. Et son cœur battait plus fort, car cela voulait dire qu'il était là, derrière les murs du bâtiment qui abritait sa maison. 

Elle rêvait de lui et elle en voulait un comme lui. Elle passait furtivement sa porte d'entrée, intimidée par le silence autours d'elle, la peur que cette porte s'ouvre et qu'il apparaisse, qu'il lui dise de partir, comme ça, en la tuant d'un coup, en la finissant. Elle se dirigeait vers le café ou la patronne, aimable et bienveillante lui servait un café et la laissait tranquille, aussi longtemps qu'elle le voulait. 

Elle  restait à fixer la porte, fumant des cigarettes, un livre ouvert, en se  disant que vraiment elle n'aimait pas ce quartier, qu'il fallait qu’elle l'aime fort pour passer la journée là à l'attendre, sans qu'il la connaisse, sans qu'il s'intéresse à elle. Et en sachant que la timidité serait son plus grand obstacle. Son but c'était de vaincre cette timidité. Mais s'il la rejetait, elle perdrait le peu de confiance qu’elle aurait acquis en ayant fait le pas de l'approcher.

Les premières fois, elle avait décidé de venir seule. Elle voyait d'autres filles qui semblaient habituées à venir, toutes unies. Elle s'est vite rendue compte que le cercle lui serait fermé, juste parce que c'était convenu comme ça, et elle était beaucoup trop sauvage pour s'intégrer à un groupe. Sa mission à elle était solitaire, aveuglée. La porte d'entrée était gardée jalousement, et ça l'intimidait, ça la mettait mal à l'aise car elle n'avait pas prévu  cet obstacle qui la gênerait et la pousserait à se détourner de son but. Pour attirer l'attention de son idole, il fallait qu'elle soit sure d'elle, souriante.

Ses pensées étaient toujours embuées de lui, et à l'école, elle dormait. Elle prenait tellement de plaisir à rêver de lui la nuit qu'elle se réveillait fatiguée...Elle se souvenait de tous ses rêves, les écrivaient dans un carnet, comme des histoires, et ça se mélangeait à une fiction liée au désir de le rencontrer. Elle avait d'autres intérêts aussi, comme écouter les radios indépendantes, le cinéma. Elle avait découvert une radio gay qu'elle écoutait presque religieusement le soir sous ses couvertures. Elle aimait avoir des secrets et cette sensation d'interdit l'excitait. 

Tout le plaisir elle le découvrait comme ça...Elle s'intéressait fortement aux gestes liés à l'amour, et les garçons l'attiraient. Elle avait commencé à voir des garçons. Elle ne tombait pas amoureuse d'eux, elle désirait juste le contact physique. L'amour était réservé à l'image d'une personne et c'était lui car elle n'en avait pas trouvé d'autres comme lui. Elle prenait beaucoup de plaisir à caresser, à embrasser. 

Mais son plus grand désir, c'était l'amour de cet homme. Aimer un personnage cela l'aidait à s'assumer, mais le rencontrer ça l'aurait aidé à comprendre, et elle voulait le remercier. Elle savait qu'il avait un impact énorme dans sa vie, elle l'aurait aimé en frère, et elle l'aurait aimé en amant. Elle se forgeait sa personnalité avec lui. Il ne la quitterait jamais, ça elle en était déjà sure.

Quand elle aurait attiré l'attention de son idole, quelle serait la suite de l'histoire? Quelques mots échangés, une bise peut être? Dans la tête de cette adolescente, la question ne se posait pas. Il n'y avait pas d'après. On verrait bien. Comme le reste de sa vie d'ailleurs. 

Le jour où elle l’a vu pour la première fois, il marchait d'un pas ferme, et il portait des sacs de courses. Elle  leva la tête et il était là, derrière la porte du café. Voilà l'occasion rêvée. Il fallait l'aider, le débarrasser, l'escorter. Un "clan" de filles était là aussi, et, les jambes flageolantes, la tête bourdonnante, le cœur battant, elle se  dirigeait vers lui, et l'air se fit plus lourd, elle pouvait le sentir entre lui et elle.

Ils les  laissèrent porter les sacs, mais son regard ne se portait pas sur elle. Elle se sentait défaillir, comment ne pouvait-il pas la remarquer, tous ces rêves de lui, il avait dû les ressentir, il devait la connaitre car elle était sa sœur perdue, une partie de son âme en dérive. Les mots sont sortis de sa bouche maladroitement, sa voix résonnait en elle comme un jeu électronique aux piles usées, elle se  sentait gauche et faible. Mais les mots sont sortis. Il y avait des sons qui résonnaient autour d’elle, les voix des autres, sans qu’elle sache ce qu’il se disait. Ce n'était pas son problème. 

Ça lui a donné un peu confiance et elle est revenue, plusieurs fois, toujours à l'écart des autres, toujours concentrée sur son but, une louve solitaire, timide et curieuse, mélancolique. Il faisait toujours gris là où il habitait. Comme à toutes les portes de Paris.

Le reste du temps elle flânait, elle flairait Paris, elle suivait les étoiles dans les parcs, elle traversait les quartiers en métro et à pied, elle marchait au bord de la seine, elle se rebellait de la routine, cette ville lui plaisait. Elle était contente d'y être née.