sábado, 30 de junio de 2012

Juliette et l'amour platonique



Juliette a 20 ans et elle vit toujours chez son père. Elle est maintenant officiellement rêveuse compulsive. Elle passe ses weekends à vagabonder les rues de Paris, elle peut marcher des heures, elle ne se perd jamais, car il y a toujours  une station de métro qui l’aide à s’orienter. Elle est ce soir sur les quais et regarde les péniches amarrées. Elle aimerait  vivre dans l’une d’elle, ça lui parait très romantique, et surtout elle pourrait s’échapper quand elle le désirerait. 

Elle marche sous les ponts, mais n’est pas très à l’aise, ça sent l’urine, un homme emmitouflé dans un sac de couchage soulève légèrement la tête quand elle passe devant lui. Il commence à faire nuit. Des garçons se font de l’œil et se suivent et Juliette avance derrière eux, les suivant machinalement sur quelques pas, sans savoir où elle veut aller. Tout ce qu’elle sait c’est qu’elle ne veut pas rentrer chez elle. Elle veut continuer de se fondre dans la vie parisienne, se sentant  légèrement vaporeuse, comme dans un nuage d’éther. Le ciel est lourd.

Elle décide de marcher jusqu’à la fontaine Saint Michel, où elle a l’habitude d’aller. Elle s’assoit sur les marches, allume une cigarette, et regarde les pigeons s’affairer  devant elle. La voilà au milieu du bruit des passants, des étudiants, des voitures. Elle réfléchit: soit elle rentre dans une librairie, soit elle va dans un cinéma au coin de la rue, soit elle va s’assoir dans un café. Elle fait ces choses régulièrement quand elle vient par ici, toujours seule, mais là elle sent que la solitude lui pèse, elle aimerait qu’il soit là avec elle, et qu’ils partagent tout ce qu’il lui a appris. Elle voudrait sentir son parfum, ça la poursuit ce parfum, ça lui fait tourner la tête quand elle le reconnait sur quelqu’un d’autre. Elle se demande combien de temps cette solitude va durer.

 Elle ne s’intéresse plus aux  garçons autours d’elle, car elle n’a plus que lui en tête et ça l’obsède. Où est-il en ce moment-là? C’est le weekend, dans sa banlieue natale surement. Chez  son père.  Elle croit qu’en pensant très fort a lui, il recevra les signaux. Pourtant elle sait aussi qu’il a une vie dont elle est exclue. Il se peut même qu’il ait une nouvelle petite amie ou qu’il soit retourné avec son ex. Bien qu’il lui ait dit avec certitude qu’il ne se mettrait plus avec une fille depuis la rupture qu’il a subite! Et elle, elle  est certaine que s’il devait se remettre avec quelqu’un ce serait avec elle. C’est quand même à elle qu’il a fait écouter sa dernière démo, de son groupe solo. Il joue de tous les instruments, il n’aime pas s’associer, il est solitaire. Elle a écouté sa démo en marchant près de lui, en rentrant de leur petit boulot, là où ils s’étaient rencontrés. 

Elle pensait que la connexion qu’ils avaient était devenue plus forte qu’avec tout ce qui le raccrochait au passé.  Il passait la semaine chez sa mère, dans sa ville à elle, et ils étaient nouveaux ici. Il ne connaissait qu’elle et les autres du travail. Trois heures par jour en soirée. Et même parfois le samedi matin. Il était impossible qu’il ne pense pas à elle, ils étaient toujours ensemble. Bon, il allait à la fac aussi, mais il n’avait pas beaucoup d’heures en semaine, et les fréquentations devaient changer régulièrement. Il en parlait peu.

Le voir arriver vers elle à la station de bus la faisait vaciller, son cœur galopait, le rouge lui montait aux joues, ça l’énervait cette montée d’adrénaline, il devait s’en apercevoir. Lui aussi était embarrassé, il avait des petits tics nerveux qu’elle trouvait touchant, comme se recoiffer, la tête légèrement penchée, ou faire des petits mouvements rapides de la tête pour déplacer les mèches de cheveux qu’il avait dans les yeux et qui semblaient le gêner. Quand il avançait dans son pantalon moulant, elle voyait en lui un déhanchement qu’elle trouvait sexy.  Il portait sur lui une élégance qui la troublait. Il lui faisait penser à certains des chanteurs qu’il lui avait fait découvrir, Jim Reid, Ian Mc Cullough, et le plus important de tous, son idole a lui, Syd Barrett.  Depuis qu’elle avait vu des photos de lui, elle en était sure, il copiait son look et ça lui allait très bien. La noirceur de ses cheveux sur son  teint pâle lui donnait un air un peu maladif qui la séduisait.

Elle avait décidé de s’abonner au magazine de rock branché d’où il tenait ses références musicales et cinématographiques, au début pour s’informer de son monde, puis elle a vraiment commencé à aduler ce magazine. Elle avait aussi découvert grâce à lui l’émission de rock de radio qui passait toute la musique d’outre-manche qu'il aimait. Elle avait commencé à participer à ces émissions dans l’espoir de le voir, et c’est là qu’elle avait rencontré sa clique du weekend, ses anciens  amis de lycée, de la banlieue où il avait grandi. Elle avait timidement dit bonjour et ils l’avaient intensément regardé, sans sourire, plutôt d’un air sérieux. Elle ne savait pas quoi en penser, mais au moins ils ne ricanaient pas. Ils n’avaient même pas l’air amusés.  Elle se doutait bien qu’il leur avait parlé d’elle. Cela la mettait légèrement mal à l’aise. Elle se demandait bien ce qu’il avait pu leur dire !

Il avait ouvert pour elle les portes d’un monde enchanteur, comme Alice elle s’y promenait toujours l’esprit en éveil, et elle avait décidé que l’Angleterre serait le pays où elle s’échapperait, avec ou sans lui.

Toutes ces pensées l’assaillaient, toujours assise sur les marches de la fontaine. Il était temps de rentrer, pour retrouver son unique pièce où elle se réfugiait pour s’évader.

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