domingo, 29 de julio de 2012

premiere rencontre de Juliette avec son idole


Voyager dans ce bus en accordéon était bien plus romantique que ce métro qui l'amenait de porte en porte. Il fallait ensuite longer ce quai, un peu morbide. Le bus, lui, partait du Louvre.  Ce voyage pour elle, c’était le luxe. Une adolescente qui faisait le trajet, seule, sans but précis, juste pour le voir. Elle avait 16 ans et le trajet ne lui faisait pas peur. Bien qu'elle préfère le bus, elle prenait plus souvent le métro. Elle s'était habituée à changer de ligne, à quitter sa banlieue nord, à traverser tout Paris, pour ensuite se retrouver en banlieue sud, dans SON quartier.

Elle ne comprenait toujours pas pourquoi il avait choisi cet endroit pour vivre. C'était aussi gris d'apparence que son quartier à elle. Elle en avait déduit que toutes les portes de Paris devaient se ressembler. Mais cette longue route, la sortie du métro jusqu'à sa rue, lui fichait drôlement le bourdon. Toujours vide, toujours gris. Parfois sa voiture était garée dans la rue du quai. Elle faisait l'effet d'une fleur au  milieu d'un terrain vague. Et son cœur battait plus fort, car cela voulait dire qu'il était là, derrière les murs du bâtiment qui abritait sa maison. 

Elle rêvait de lui et elle en voulait un comme lui. Elle passait furtivement sa porte d'entrée, intimidée par le silence autours d'elle, la peur que cette porte s'ouvre et qu'il apparaisse, qu'il lui dise de partir, comme ça, en la tuant d'un coup, en la finissant. Elle se dirigeait vers le café ou la patronne, aimable et bienveillante lui servait un café et la laissait tranquille, aussi longtemps qu'elle le voulait. 

Elle  restait à fixer la porte, fumant des cigarettes, un livre ouvert, en se  disant que vraiment elle n'aimait pas ce quartier, qu'il fallait qu’elle l'aime fort pour passer la journée là à l'attendre, sans qu'il la connaisse, sans qu'il s'intéresse à elle. Et en sachant que la timidité serait son plus grand obstacle. Son but c'était de vaincre cette timidité. Mais s'il la rejetait, elle perdrait le peu de confiance qu’elle aurait acquis en ayant fait le pas de l'approcher.

Les premières fois, elle avait décidé de venir seule. Elle voyait d'autres filles qui semblaient habituées à venir, toutes unies. Elle s'est vite rendue compte que le cercle lui serait fermé, juste parce que c'était convenu comme ça, et elle était beaucoup trop sauvage pour s'intégrer à un groupe. Sa mission à elle était solitaire, aveuglée. La porte d'entrée était gardée jalousement, et ça l'intimidait, ça la mettait mal à l'aise car elle n'avait pas prévu  cet obstacle qui la gênerait et la pousserait à se détourner de son but. Pour attirer l'attention de son idole, il fallait qu'elle soit sure d'elle, souriante.

Ses pensées étaient toujours embuées de lui, et à l'école, elle dormait. Elle prenait tellement de plaisir à rêver de lui la nuit qu'elle se réveillait fatiguée...Elle se souvenait de tous ses rêves, les écrivaient dans un carnet, comme des histoires, et ça se mélangeait à une fiction liée au désir de le rencontrer. Elle avait d'autres intérêts aussi, comme écouter les radios indépendantes, le cinéma. Elle avait découvert une radio gay qu'elle écoutait presque religieusement le soir sous ses couvertures. Elle aimait avoir des secrets et cette sensation d'interdit l'excitait. 

Tout le plaisir elle le découvrait comme ça...Elle s'intéressait fortement aux gestes liés à l'amour, et les garçons l'attiraient. Elle avait commencé à voir des garçons. Elle ne tombait pas amoureuse d'eux, elle désirait juste le contact physique. L'amour était réservé à l'image d'une personne et c'était lui car elle n'en avait pas trouvé d'autres comme lui. Elle prenait beaucoup de plaisir à caresser, à embrasser. 

Mais son plus grand désir, c'était l'amour de cet homme. Aimer un personnage cela l'aidait à s'assumer, mais le rencontrer ça l'aurait aidé à comprendre, et elle voulait le remercier. Elle savait qu'il avait un impact énorme dans sa vie, elle l'aurait aimé en frère, et elle l'aurait aimé en amant. Elle se forgeait sa personnalité avec lui. Il ne la quitterait jamais, ça elle en était déjà sure.

Quand elle aurait attiré l'attention de son idole, quelle serait la suite de l'histoire? Quelques mots échangés, une bise peut être? Dans la tête de cette adolescente, la question ne se posait pas. Il n'y avait pas d'après. On verrait bien. Comme le reste de sa vie d'ailleurs. 

Le jour où elle l’a vu pour la première fois, il marchait d'un pas ferme, et il portait des sacs de courses. Elle  leva la tête et il était là, derrière la porte du café. Voilà l'occasion rêvée. Il fallait l'aider, le débarrasser, l'escorter. Un "clan" de filles était là aussi, et, les jambes flageolantes, la tête bourdonnante, le cœur battant, elle se  dirigeait vers lui, et l'air se fit plus lourd, elle pouvait le sentir entre lui et elle.

Ils les  laissèrent porter les sacs, mais son regard ne se portait pas sur elle. Elle se sentait défaillir, comment ne pouvait-il pas la remarquer, tous ces rêves de lui, il avait dû les ressentir, il devait la connaitre car elle était sa sœur perdue, une partie de son âme en dérive. Les mots sont sortis de sa bouche maladroitement, sa voix résonnait en elle comme un jeu électronique aux piles usées, elle se  sentait gauche et faible. Mais les mots sont sortis. Il y avait des sons qui résonnaient autour d’elle, les voix des autres, sans qu’elle sache ce qu’il se disait. Ce n'était pas son problème. 

Ça lui a donné un peu confiance et elle est revenue, plusieurs fois, toujours à l'écart des autres, toujours concentrée sur son but, une louve solitaire, timide et curieuse, mélancolique. Il faisait toujours gris là où il habitait. Comme à toutes les portes de Paris.

Le reste du temps elle flânait, elle flairait Paris, elle suivait les étoiles dans les parcs, elle traversait les quartiers en métro et à pied, elle marchait au bord de la seine, elle se rebellait de la routine, cette ville lui plaisait. Elle était contente d'y être née.






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