Le son des vagues, rythmique, l’écume
qui ressort dans le noir du ciel. Aucune lumière sur la mer. Pas un bateau,
rien.
Deux ombres noires, une femme, un
homme font face à la mer, se tenant près l’un de l’autre, mais sans se parler,
sans se toucher, je les regarde du haut de ma terrasse, ils ne sentent pas ma présence,
même si je criais ils ne m’entendraient pas. Les vagues sont plus hautes
qu’eux, elles ouvrent leur bouche en grand, comme pour les avaler. J’aimerais
leur dire de reculer. Un silence, la vague prend sa respiration, puis j’entends
la vague se fracasser à leurs pieds. L’air est lourd. L’homme et la femme
repartent, en se suivant, ils ont peut-être eu envie de ressentir leur
isolement ensemble.
Et moi je repense à l’enfant que
j’avais dans mon ventre, et qui tenait dans ma main, un regard pour cet enfant
avant qu’il ne reparte. J’avançais sur les eaux au milieu des roseaux,
regardant les mouvements que faisait l’eau quand je coupais à travers elle,
comme on couperait le cordon, je contrôlais la vitesse, comme je contrôlerais
ma respiration, en ne pensant à rien d’autre.
Ils ont vu la vague arriver, ils
ont vu dans la vague leurs angoisses, et j’ai ressenti avec eux la peur de l’immensité,
des courants. J’ai eu envie de les rejoindre, leur prendre la main et courir
avec eux, Je voulais savoir ce qu’ils pensaient vraiment, voir leur visages,
quelle impression ils avaient.
Alors je suis descendue de ma
terrasse et là j’ai compris ce qu’ils
pensaient vraiment. Ils ne regardaient rien, ils avaient les yeux fermés, ils écoutaient
la vague et le silence qui le précédait. C’était encore plus effrayant que ce
que j’imaginais, le tonnerre assourdissant des vagues ma glaçaient le sang. Je réalisais
que leur solitude était plus grande que je l’avais imaginée..
Là j’ai compris que la douleur
des autres n’est jamais comparable à la sienne et que pour comprendre il faut
le courage d’écouter plus près, parfois il faut se rapprocher.
La nuit, juste là où ils s’étaient
tenus, la lune est apparue, pleine, et a calmé l’océan. Elle a aplati les
vagues, a calmé leurs esprits et soulagé leurs peines. Quelqu’un veillait sur
eux du haut de sa terrasse, sans qu’ils le sachent.
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