Je courais dans la grande ville le soir, sous les lumières de la promenade en bordure du Hangpu. D'un côté et de l'autre du fleuve, Pudong la cité moderne et Puxi la coloniale française. Shanghai traversé par ce long serpent déambulant, du Yangtse a la mer. Des ponts changeaient de couleur au dessus du fleuve au rythme d'une musique sortie de nul part. La projection de couleurs arc-en-ciel, le mouvement perpetuel de la pierre, la célébration d'un monde moderne. De vieux hommes s'étiraient lentement devant le soleil couchant. La lenteur de leur gestes clashait avec le reste. Je ne m'arrêtais pas. La sueur me coulait dans le cou, mais j'aimais ça, le résultat de l'effort intense. Je cherchais plus loin, plus vite la musique dans mes écouteurs. Toujours la meme. J'avais une playlist, de tous les remix du groupe qui me porte. Ou bien je jouais un album entier, toujours le meme. Les cyclistes me doublaient, et moi je doublais les coureurs. Les lumières se refletaient sur les flaques endormies, sur le fleuve, illuminaient la ville sous le ciel d'encre. L'air etait leger, la nuit était l'amie, il n'y avait aucune peur.
La journée en pleine chaleur je courais. Pas un brin de vent, mais un ciel de plomb, jamais le soleil ne laissait passer les rayons. Mes idées devenaient claires, j'imaginais des chorégraphies, mes élèves dansaient sur tes musiques, sur les morceaux que j'écoutais.
Courir toujours plus loin, c'est comme vivre un peu plus fort. Les yeux fixés sur la ligne droite, pousser les limites de la ligne d'arrivée. Je passe des rangées de fleurs et de bambous, des roseaux, des nénuphars. Les lotus abondent dans les étangs, qui meurent et ressuscitent. Les enfants dans leurs habits du dimanche, sur leur trottinette ou vélo, certains se propulsent dans la course, et les bras tendus d'un papa pour l'attraper un peu plus loin.
Tout autours de ma bulle musicale il ya de la vie, des jeunes couples se font photographier surement pour un mariage, ou des jeunes filles et garçons font un film, surement des étudiants pour un projet d'art. Ils sont tous beaux. Le souffle régulier sur le remix Station 13, la course effrénée sur quelques mètres, le long du quai, accompagnée du son grave qui sort des gorges des péniches conteneurs.
Je suis invincible contre l'air lourd, le cœur puissant, l'impression de rester vivante.


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