domingo, 5 de agosto de 2012

La vague



Le son des vagues, rythmique, l’écume qui ressort dans le noir du ciel. Aucune lumière sur la mer. Pas un bateau, rien.
Deux ombres noires, une femme, un homme font face à la mer, se tenant près l’un de l’autre, mais sans se parler, sans se toucher, je les regarde du haut de ma terrasse, ils ne sentent pas ma présence, même si je criais ils ne m’entendraient pas. Les vagues sont plus hautes qu’eux, elles ouvrent leur bouche en grand, comme pour les avaler. J’aimerais leur dire de reculer. Un silence, la vague prend sa respiration, puis j’entends la vague se fracasser à leurs pieds. L’air est lourd. L’homme et la femme repartent, en se suivant, ils ont peut-être eu envie de ressentir leur isolement ensemble.
Et moi je repense à l’enfant que j’avais dans mon ventre, et qui tenait dans ma main, un regard pour cet enfant avant qu’il ne reparte. J’avançais sur les eaux au milieu des roseaux, regardant les mouvements que faisait l’eau quand je coupais à travers elle, comme on couperait le cordon, je contrôlais la vitesse, comme je contrôlerais ma respiration, en ne pensant à rien d’autre.
Ils ont vu la vague arriver, ils ont vu dans la vague leurs angoisses, et j’ai ressenti avec eux la peur de l’immensité, des courants. J’ai eu envie de les rejoindre, leur prendre la main et courir avec eux, Je voulais savoir ce qu’ils pensaient vraiment, voir leur visages, quelle impression ils avaient.
Alors je suis descendue de ma terrasse et là j’ai  compris ce qu’ils pensaient vraiment. Ils ne regardaient rien, ils avaient les yeux fermés, ils écoutaient la vague et le silence qui le précédait. C’était encore plus effrayant que ce que j’imaginais, le tonnerre assourdissant des vagues ma glaçaient le sang. Je réalisais que leur solitude était plus grande que je l’avais imaginée..
Là j’ai compris que la douleur des autres n’est jamais comparable à la sienne et que pour comprendre il faut le courage d’écouter plus près, parfois il faut se rapprocher.
La nuit, juste là où ils s’étaient tenus, la lune est apparue, pleine, et a calmé l’océan. Elle a aplati les vagues, a calmé leurs esprits et soulagé leurs peines. Quelqu’un veillait sur eux du haut de sa terrasse, sans qu’ils le sachent.

domingo, 29 de julio de 2012

Jeux de mains


Les deux filles s'étaient donné rendez-vous dans une brasserie du dix-huitième arrondissement. Elles s'étaient dit qu'elles porteraient une jupe ce jour-là. Elles voulaient s'exhiber l'une à l'autre, mais que les autres ne sachent pas, la liberté de se toucher, sans se voir. Elles avaient choisi cet endroit parce que c'était public, vivant, anonyme. Elles s'étaient assises sur une banquette en cuir rouge bordeaux, retirée dans un coin de la brasserie...Elles étaient assises à coté l'une de l'autre.

Les voix et les bruits des verres qui clinquent faisaient écho et s'entremêlaient, et tout ce brouhaha résonnait dans leurs oreilles. Elles étaient un peu intimidées l'une par l'autre, c'était leur première fois entre elles, entre filles, en public.
Elles commandèrent un café au serveur au tablier blanc, puis se rapprochèrent l'une de l'autre comme pour se rassurer. Elles parlèrent de choses et d’autres, en attendant leur café, faire en sorte que leur jeu soit nourri de normalité. 

A travers la vitre on pouvait voir l’enseigne du métro Abesses et les passants qui souriaient au printemps. Tout en parlant, les yeux des filles scannaient l’intérieur du bistro. Il n’y avait pas beaucoup de monde de leur côté. Deux hommes étaient assis un peu plus loin avec un verre de vin, et une femme seule mangeait une salade. Des peintures représentant Montmartre décoraient les murs et Aristide Bruant de Toulouse Lautrec surveillait les lieux de son œil sévère.

Le serveur arriva avec les deux cafés, les posa sur la table et les deux filles s’interrompirent de parler. Elles se regardèrent en silence et la blonde commença. Elle dirigea sa main sous la table, pour atteindre le dessous de la jupe de son amie.
Elle remonta sa main jusqu'en haut de ses cuisses, ce qui la fit frémir. Son amie resserra sa main sur le rond de serviette posé sur la table et ses mains se firent un peu moites. Elle jeta un coup d’œil à la femme assise deux tables plus loin qui fixait la porte vitrée d’un air absent. Les deux hommes, eux, payèrent et s’en allèrent. 

Elle bougea légèrement ses hanches, releva ses fesses pour les ajuster, car elles collaient un peu au cuir de la banquette, ce qui permit à la blonde de glisser sa main plus aisément.
Les yeux rieurs des deux filles brillaient de malice et d'excitation et elles furent prises d’un léger embarras qui les fit rigoler. Leurs pommettes se teintèrent de rose. La main de l’amie rejoignit à son tour le haut des cuisses de la blonde qui se réajustait elle aussi pour se rapprocher d’elle. Quand elles se sont trouvées toutes les deux, confortables, elles s'adossèrent à la banquette, et se laissèrent aller au plaisir des attouchements, à la sensation chaude et humide qui les prenaient, au bien être sensuel de leur chair, au contact de leurs doigts qui exploraient leurs entrejambes. Elles se sentaient fortes d’avoir osé.

Elles finirent leurs boissons, payèrent et s’en allèrent, main dans la main.

premiere rencontre de Juliette avec son idole


Voyager dans ce bus en accordéon était bien plus romantique que ce métro qui l'amenait de porte en porte. Il fallait ensuite longer ce quai, un peu morbide. Le bus, lui, partait du Louvre.  Ce voyage pour elle, c’était le luxe. Une adolescente qui faisait le trajet, seule, sans but précis, juste pour le voir. Elle avait 16 ans et le trajet ne lui faisait pas peur. Bien qu'elle préfère le bus, elle prenait plus souvent le métro. Elle s'était habituée à changer de ligne, à quitter sa banlieue nord, à traverser tout Paris, pour ensuite se retrouver en banlieue sud, dans SON quartier.

Elle ne comprenait toujours pas pourquoi il avait choisi cet endroit pour vivre. C'était aussi gris d'apparence que son quartier à elle. Elle en avait déduit que toutes les portes de Paris devaient se ressembler. Mais cette longue route, la sortie du métro jusqu'à sa rue, lui fichait drôlement le bourdon. Toujours vide, toujours gris. Parfois sa voiture était garée dans la rue du quai. Elle faisait l'effet d'une fleur au  milieu d'un terrain vague. Et son cœur battait plus fort, car cela voulait dire qu'il était là, derrière les murs du bâtiment qui abritait sa maison. 

Elle rêvait de lui et elle en voulait un comme lui. Elle passait furtivement sa porte d'entrée, intimidée par le silence autours d'elle, la peur que cette porte s'ouvre et qu'il apparaisse, qu'il lui dise de partir, comme ça, en la tuant d'un coup, en la finissant. Elle se dirigeait vers le café ou la patronne, aimable et bienveillante lui servait un café et la laissait tranquille, aussi longtemps qu'elle le voulait. 

Elle  restait à fixer la porte, fumant des cigarettes, un livre ouvert, en se  disant que vraiment elle n'aimait pas ce quartier, qu'il fallait qu’elle l'aime fort pour passer la journée là à l'attendre, sans qu'il la connaisse, sans qu'il s'intéresse à elle. Et en sachant que la timidité serait son plus grand obstacle. Son but c'était de vaincre cette timidité. Mais s'il la rejetait, elle perdrait le peu de confiance qu’elle aurait acquis en ayant fait le pas de l'approcher.

Les premières fois, elle avait décidé de venir seule. Elle voyait d'autres filles qui semblaient habituées à venir, toutes unies. Elle s'est vite rendue compte que le cercle lui serait fermé, juste parce que c'était convenu comme ça, et elle était beaucoup trop sauvage pour s'intégrer à un groupe. Sa mission à elle était solitaire, aveuglée. La porte d'entrée était gardée jalousement, et ça l'intimidait, ça la mettait mal à l'aise car elle n'avait pas prévu  cet obstacle qui la gênerait et la pousserait à se détourner de son but. Pour attirer l'attention de son idole, il fallait qu'elle soit sure d'elle, souriante.

Ses pensées étaient toujours embuées de lui, et à l'école, elle dormait. Elle prenait tellement de plaisir à rêver de lui la nuit qu'elle se réveillait fatiguée...Elle se souvenait de tous ses rêves, les écrivaient dans un carnet, comme des histoires, et ça se mélangeait à une fiction liée au désir de le rencontrer. Elle avait d'autres intérêts aussi, comme écouter les radios indépendantes, le cinéma. Elle avait découvert une radio gay qu'elle écoutait presque religieusement le soir sous ses couvertures. Elle aimait avoir des secrets et cette sensation d'interdit l'excitait. 

Tout le plaisir elle le découvrait comme ça...Elle s'intéressait fortement aux gestes liés à l'amour, et les garçons l'attiraient. Elle avait commencé à voir des garçons. Elle ne tombait pas amoureuse d'eux, elle désirait juste le contact physique. L'amour était réservé à l'image d'une personne et c'était lui car elle n'en avait pas trouvé d'autres comme lui. Elle prenait beaucoup de plaisir à caresser, à embrasser. 

Mais son plus grand désir, c'était l'amour de cet homme. Aimer un personnage cela l'aidait à s'assumer, mais le rencontrer ça l'aurait aidé à comprendre, et elle voulait le remercier. Elle savait qu'il avait un impact énorme dans sa vie, elle l'aurait aimé en frère, et elle l'aurait aimé en amant. Elle se forgeait sa personnalité avec lui. Il ne la quitterait jamais, ça elle en était déjà sure.

Quand elle aurait attiré l'attention de son idole, quelle serait la suite de l'histoire? Quelques mots échangés, une bise peut être? Dans la tête de cette adolescente, la question ne se posait pas. Il n'y avait pas d'après. On verrait bien. Comme le reste de sa vie d'ailleurs. 

Le jour où elle l’a vu pour la première fois, il marchait d'un pas ferme, et il portait des sacs de courses. Elle  leva la tête et il était là, derrière la porte du café. Voilà l'occasion rêvée. Il fallait l'aider, le débarrasser, l'escorter. Un "clan" de filles était là aussi, et, les jambes flageolantes, la tête bourdonnante, le cœur battant, elle se  dirigeait vers lui, et l'air se fit plus lourd, elle pouvait le sentir entre lui et elle.

Ils les  laissèrent porter les sacs, mais son regard ne se portait pas sur elle. Elle se sentait défaillir, comment ne pouvait-il pas la remarquer, tous ces rêves de lui, il avait dû les ressentir, il devait la connaitre car elle était sa sœur perdue, une partie de son âme en dérive. Les mots sont sortis de sa bouche maladroitement, sa voix résonnait en elle comme un jeu électronique aux piles usées, elle se  sentait gauche et faible. Mais les mots sont sortis. Il y avait des sons qui résonnaient autour d’elle, les voix des autres, sans qu’elle sache ce qu’il se disait. Ce n'était pas son problème. 

Ça lui a donné un peu confiance et elle est revenue, plusieurs fois, toujours à l'écart des autres, toujours concentrée sur son but, une louve solitaire, timide et curieuse, mélancolique. Il faisait toujours gris là où il habitait. Comme à toutes les portes de Paris.

Le reste du temps elle flânait, elle flairait Paris, elle suivait les étoiles dans les parcs, elle traversait les quartiers en métro et à pied, elle marchait au bord de la seine, elle se rebellait de la routine, cette ville lui plaisait. Elle était contente d'y être née.






miércoles, 27 de junio de 2012

L'idéal sur la chanson Le Baiser, Indochine

Ecrit avec en tête un film des années 70 "Friends", l'histoire de deux adolescents qui vivent leur amour, caché des adultes, et le livre de Chloé Delaume "Une fille avant la guerre" qui relate ses émotions pour son idole Nicola Sirkis quand elle était adolescente, aussi le poème "Ma bohème" de Rimbaud, qu'il a écrit quand il avait 16 ans, et mes propres expériences.
(http://soundcloud.com/ginie2/ma-boh-me-rimbaud)

A LIRE ET ECOUTER SUR SOUNDCLOUD. C'est mieux!

http://soundcloud.com/ginie2/lideal-with-the-song-le-baiser

Je suis amoureuse, je l'ai toujours été
Pour se sentir vivante il faut des sentiments
Moi c'est l'amour dont j'ai toujours rêvé!

Quand j'avais 10 ans je rêvais en chantant
Les sons, la voix qui venaient de mon casque réveillaient des désirs que je n'comprenais pas
Je marchais dans les rues de Paris à 13 ans,
Sans me préoccuper des heures
Je passais les garçons qui me faisaient de l'œil
Et mon coup de cœur, je lui téléphonais
Mais au son de sa voix je raccrochais vite fait!
Mes 1eres lettres je lui ai adressées,
C'était mes premières peines et j'idéalisais.

A 15 ans je rêvais d'amours sulfureuses,
Et je découvrais les soupirs, les caresses,
Les baisers,
Jouer de mon charme tout en restant méfiante.
Les regards je les soutenais.
Ils devenaient importants,
Et je continuais à aimer dans mon casque en chantant.

A 16 ans les peines de cœurs s'étaient amplifiées,
Je devenais sombre, la passion m'encombrait.
A 17 ans j'étais dangereusement rêveuse
Et je cherchais en chacun un bout de mon idéal,
Car j'avais compris qu'en entier je ne le trouverais pas.

Alors c'est dans son corps à elle
Que je trouvais l'émoi que je cherchais en lui.
Je trouvais l'élégance des sentiments enfouis
Elle me désirait autant que j’ la voulais.
On s'est cherchées et un peu de mon idéal
Je l'ai trouvé en elle,
Et avec elle je découvrais enfin l'amour sensuel.

Puis les portes du monde se sont ouvertes a moi.
Armée de quelques chocs,
Je partais en conquête, un peu à l'aveuglette,
Dans chacun d'eux je cherchais ou tu pouvais bien être!
Présente en moi est le désir, l'amour,
Je suis sous la couette et je NE rêve QUE de toi,
Je me concentre, je ferme les yeux,
Et à chaque sursaut, chaque tremblement,
Est un signe de toi.

Ces sons autours de moi ne se font plus entendre,
Je m'enferme dans mon monde ludique et fantaisiste,
charnel et romantique.
Il n’ya que toi et moi sur cette terre j'en dépends,
J'aime m'enfoncer profondément en toi,
Lentement aiguiller tes sens vers mon émoi
Et que le plaisir en devienne plus intense.
Les yeux fermes, les fées ont saupoudré ma peau,
Je suis une geisha
Je suis à ton service
Je suis Aladin et tu es mon génie.

Un jour à 18 ans j'ai trouvé dans la rue en face d'un cabaret
Un garçon bohème et un peu louche d'aspect,
Je naviguais en plein non conformisme,
J'aimais son inconscience, sa liberté, sa tenue débraillée,
Alors je l'ai suivi,
Comme on suivrait une idole,
Les yeux fermés, insouciante et conquise.

Quelques années plus tard,
Je l'ai trouvé l'idéal au complet,
Un garçon aux cheveux noirs de jais,
Aux yeux sombres et à la peau de lait,
Un pantalon moulant, une démarche gracieuse,
Il était musicien, il était littéraire,
Il était tout ce que tu étais.
Mais obsédée d'un amour passionnel,
Celui-ci n'avait qu'un sens
Autant dire qu'il n'avait aucun sens!

L'électricité que je ressentais en lui
Me faisait vaciller
Mais la douleur m'avait crevé le cœur.
Alors j'ai compris que l'idéal reste inaccessible
(Même quand on l'a rencontré)
Et la dépendance une douleur fatale
Surtout les soirs d'été!

lunes, 7 de mayo de 2012

apocalypse des sentiments


La reine s’admire avec satisfaction dans le miroir des vérités. Elle a la pose de la tentatrice diabolique, vêtue d’un corset noir et d’une cape aux flammes de l’enfer.

Pendant ce temps les chats noirs se lèchent, se pavanent  et se suivent en longeant leur reflet dans le miroir qui projette une image faussée de leur âme.

Les enfants sont des adultes et ils portent leur protégée avec tendresse jusqu’au lit de roses. Le prince tente de la réveiller, la soulève pour la faire danser. Mais inerte et belle, ses bras retombent mollement le long de son corps, et il sent le souffle lui manquer.

La colline est en feu, les lunes se rejoignent, s’il ne l’embrasse pas il faudra fermer les yeux en attendant de disparaitre pour toujours. La collision l’éblouira. La fiction et le réel se débattent et tout semble connecté.

Il ya un risque qu’elle perde le sens de la realité. Il n’ya qu’un pas vers l’insanité. Son cœur a toujours mal et elle manque de courage. Elle voudrait rendre ses rêves réalisables mais un grand vide se crée. Elle se sent isolée.

Une danse macabre hypnotisante se déroule devant ses yeux, et soudainement, la musique s’arrête. Ils continuent de danser en silence, ils s’espionnent, se cherchent, leurs corps communient avec grâce. On n’entend que le frottement de leurs pas sur le sol. L’air est lourd a respirer, les gestes se font plus lents,  elle tombe à terre encore une fois, inconsciente, il se penche au-dessus d’elle,  s’allonge sur son corps endormi, l’étreint et se relève pour aller s’assoir la tête entre les jambes, un peu plus loin, essoufflé éreinté.

Les chiens, confus, hurlent dans la distance, a des heures fraiches de l’aurore, ne comprennent pas  pourquoi la lune a remplacé le soleil.

Elle retrouve dans ce qu’elle écrit ou ressent des choses qu’elle n’a pas encore lues et qu’elle lira plus tard dans les livres recommandés par lui. Elle trouve cela troublant comme tout semble faire corps ensemble. Ses mots, ses idées se retrouvent dans les livres qu’elle lira après les avoir écrit, inspirée de lui.


 Elle voyage à travers les ouragans, la terre tremble sous ses pieds plus souvent maintenant, les volcans grondent et bouillonnent, tout semble en ébullition, annonçant la fin d’un monde épuisé de ses richesses. Une prêtresse du rock hurle les désastres humanitaires,  les enfants font des cauchemars…                                                               
http://soundcloud.com/ginie2/vn860712 Patti Smith Speech on Freedom and humanitary desasters

Ne la contrarie pas, ne te détournes pas, elle a toujours 13 ans pour toi, mais son âme blessée la rend rebelle et méfiante, elle s’est façonnée un monde qui l’isole dans l’ombre, elle se sent parfois  menacée par la reine diabolique et par le monde qui s’écroule lentement comme une coulée de lave, qui  l’empêche de respirer, comme les cendres bouillantes d’un volcan. Tout est flou autour d’elle, alors elle s’enferme dans ses rêves.


                                          Melancholia. Lars Von Triers.
                 Je vous conseille de voir le film avant d'ouvrir ce lien...C'est la fin du film...

viernes, 4 de mayo de 2012

le marin disparu

Elle habite dans un endroit plein d’histoires dont on parle dans les livres pour enfants. Elle regarde les noms des rues et essaie d’imaginer qui sont ces personnes tellement importantes. Il lui semble que parfois elle n’est pas plus réelle qu’eux. une épidémie de choléra a dévasté la région et plus tard la méningite a frappé a son tour. Elle aurait voulu qu'on se souvienne de la beauté des paysages, mais la désolation la rend mélancolique et lui donne envie de partir..
La forêt est son échappatoire, et là où la vie s’est arrêtée. Il faut marcher pendant une heure pour y arriver, car la ou elle habite tout est granite...Elle aime y aller juste pour ressentir sa peine et retrouver ses souvenirs, toujours à espérer qu’elle trouvera un signe de celui qui lui a échappé, un soir d'été.

Il ya une cabane retirée du sentier et des pierres assemblées autour d’un feu à peine éteint. Les branches des arbres bougent avec le vent. Elle pense aux contes, les fées, les ogres, les enfants qu’on a perdus, elle aimerait que sa vie fasse partie de cet imaginaire, que ce ne soit qu’un rêve. Elle se pincerait et se réveillerait, dans des draps chauds. La première chose qu’elle ferait serait de regarder la photo de celui qu’elle attendrait. Elle regarde le haut des branches et elle imagine des bras entourés de cheveux de feuilles, elle imagine que ces branches se penchent pour lui parler. Un murmure de bruissement de feuilles.

Elle entend au loin les bateaux qui rentrent au port, les marins rentrent d’un autre long voyage, et elle devrait courir elle aussi, comme les autres femmes. Elle y va parfois et reste jusqu’à la nuit tombée à écouter les chants dans les bars, les rires des couples, les bruits des verres qui clinquent. Elle s’assoit parfois derrière les barils de bière…Demain les marins repartiront, encore saouls de la veille. Elle aurait voulu partir loin du port dont on ne parle que pour parler des naufrages.

Ce jour-là c’est à haute voix qu’elle entendit la nouvelle, c’est ce jour-là, que tout son rêve s’effondrera. 5 hommes morts dans une voiture qui aurait dérapé. Tous de la même famille, après une soirée trop arrosée, laissant des orphelins, et leur nom disparaitra. Lui en faisait partie. On parlera quelques temps des marins du Finistere, et les femmes porteront le deuil le temps d’un été. La vie suivra son cours, les papillons estivaux voleront autour des enfants qui joueront dans la rue, et elle ne jouera plus. Le ciel sera plus monotone et il pleuvra sur la mer, dans ses yeux le soir surtout.

Dans la foret, elle cherche des fées qui lui feraient ressentir l’alchimie des moments uniques passés avec lui…Regardant les bouts de ciel, rechercher un nuage de la forme de son visage, s’assoir contre l’arbre ou ils ont gravé leurs initiales, ou il se sont embrassés pour la première fois, ou elle a tremble dans ses bras. Elle retrace le cœur lentement avec le doigt, une larme coule sur sa joue jusqu’à l’embouchure de sa bouche, et elle la ravale comme un baiser salé.

Elle s’assied pour mieux se remémorer, elle se met la main dans les cheveux comme il le faisait lui pour ressentir cette première fois, elle ferme les yeux et s’imagine que ses doigts sont ceux de son amoureux. Elle se rappelle les promesses qu’ils s’étaient faits, un sourire éteint se dessine sur son visage. Il lui avait promis qu’il n’y aurait plus de naufrages. Elle est restée tard et la foret s’assombrit, une brise la refroidit, et elle ressent la solitude plus forte encore. Elle entend son cœur battre comme une horloge dérèglée, elle a perdu le sens du temps, elle cherche un signe de lui dans le frisson des feuilles, mais tout est silencieux à part la brise qui lui souffle de rentrer. Elle sent que tout est immobile et elle se décide à partir. Elle voudrait guérir de cet amour qui a pris fin ici, mais elle espère le revoir dans un monde qui permettra leur union. Le croissant de lune est timide et incertain, dans sa pâleur. Elle reviendra demain quand elle sera plus pleine. Elle rêvera de lui-même dans ses nuits dérivées de sommeil. Le jour les gens la trouve éteinte, elle mange, elle recrache, elle ne se regarde plus dans le miroir de peur d’y voir la femme qu’elle n’est pas, et qui trahirait ses sentiments, qui attirerait le regard des hommes, qui la dégouterait d’elle-même. Ce corps qui menacerait leur amour qu’elle continue de faire vivre avec la force qui lui reste. Elle luttera contre le temps, mais un jour elle a décidé qu’elle n’ira pas plus loin sans lui. Elle voudrait gouter la sève qui coule encore de l’arbre, mais elle ne peut pas lutter contre les réminiscences des printemps, les odeurs printanières qui font remonter les souvenirs, ce mirage de fleurs qui la déboussole, qui la fait gémir et qui la pousse vers le vide.

Elle aurait voulu continuer d’exister mais ce ne serait que pour les autres, elle aurait voulu que ses vertiges ne soient que temporaires et les réveils moins violents dans leur lucidité, elle aurait voulu que cela ne reste qu’une égratignure passagère. Mais l’entaille est trop profonde et est devenu incurable.

Les gens du village pleurèrent sa vie future inexistante, se désolèrent de son sort, et se souviendront de l’amoureuse dont le corps enfermé dans les souvenirs avait arrêté de grandir.